Ile Sainte-Marie, Madagascar

L’étude de la baie d’Ambodifototra localisée sur la côte sud-ouest de l’île Sainte-Marie, elle-même située sur la côte nord-est de Madagascar, est au cœur de ce projet de recherches archéologiques. L’intérêt d’explorer et d’étudier cette baie est lié à l’occupation pirate ou flibustière entre les années 1680 et 1730, installation attestée par de nombreux écrits, archives et plans, datant de la fin du XVIIe et du 1er tiers du XVIIIe siècle. En effet, cette baie est connue pour avoir été à cette période l’un des principaux repères de pirates de l’océan Indien avec la mise en place de campements durables en matériaux périssables, la création d’un port, de fortifications et de batteries, et le développement d’un commerce avec les pirates et marchands des Caraïbes et de Nouvelle-Angleterre. Il sera également important d’essayer de mesurer l’impact de ces flibustiers sur l’environnement et sur les populations locales indigènes afin de mieux connaître l’histoire de la baie.

Présentation

Le but de cette mission archéologique est donc d’essayer de mettre en lumière les vestiges matériels de ces aménagements grâce à des recherches sur le terrain, en particulier dans un premier temps par des prospections pédestres, aériennes et subaquatiques, et dans un second temps, par la mise en place d’une fouille terrestre en fonction des résultats des prospections. De nombreux plans et manuscrits (ANOM, Service historique de la Défense) attestent la présence de ces occupations pirates dans la baie en particulier de nombreuses fortifications et batteries. Par ailleurs, des investigations américaines controversées entre 2000 et 2015 ont mis en évidence de nombreux vestiges subaquatiques associés à une grande quantité d’objets archéologiques liée très probablement à l’épave du navire pirate le Fiery Dragon coulé dans la baie en 1721 et appartenant au pirate William Condon alias Christopher Condent, également nommé Edward Congdon.

La constitution d’une équipe d’archéologues internationaux, principalement français, et malgaches, est au cœur du projet. Le projet est dirigé par Jean Soulat (Laboratoire LandArc, Craham – UMR 6273 – Université de Caen Normandie) et John de Bry (Center for Historical Archaeology, Melbourne, Floride). D’autres archéologues sont associés au projet : Nicolas Morelle (LA3M – Université Aix-Marseille), Alexandre Coulaud (Inrap Guyane, NAOM) tous les deux spécialistes des systèmes défensifs coloniaux (océan Indien, Guyane et Caraïbes) et de l’artillerie, Julie Marchand (HiSoMA, CNRS, MOM) pour l'étude de la céramique, mais également Benoit Duverneuil (chercheur indépendant), ingénieur spécialiste des moyens de télédétection (drone, ROV, Lidar, infrarouge). Jean-Aimé Rakotoarisoa (Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco), Université d’Antananarivo de Madagascar - Institut de Civilisations Musée d’Art et d’Archéologie (ICMAA)) est notre consultant scientifique.

Objectifs de la future mission

Ce projet de recherche développe une série d’objectifs qui seront menés dans le cadre d’un programme archéologique avec un démarrage souhaité en 2021 voire en 2022. Les objectifs sont les suivants :

  • Etude des systèmes de défense d’après la cartographie ancienne et actuelle (SIG, relevé, photogrammétrie, prospection pédestre)
  • Inventaire et étude des batteries encore en place (SIG, prospection pédestre, inventaire, mesure et étude sur place)
  • Etude des restes de campements pirates sur le littoral (SIG, prospection pédestre, ramassage en surface du mobilier, usage du détecteur de métaux et étude du mobilier sur place)
  • Etat des vestiges subaquatiques dans la baie, épaves pirates (cartographie et photogrammétrie des épaves, prospections subaquatiques, usage du détecteur de métaux, établissement d’un carroyage, ramassage en surface du mobilier, étude sur place du mobilier, récolte d’échantillon de bois pour analyse)
  • Réalisation d’un SIG commun à l’ensemble du projet (terrestre et subaquatique)
  • Etude in situ du mobilier récolté sur place (prospections terrestres et subaquatiques) avec une re-contextualisation, une géolocalisation, un inventaire détaillé (mesures, poids, description) et une analyse comparative

Ce projet de mission sera prochainement soumis aux autorités malgaches en charge du patrimoine subaquatique ainsi qu'aux archéologues malgaches.

Bibliographie

De Bry 2006 :
J. De Bry, « Christopher Condent’s Fiery Dragon: Investigating an Early 18th-Century Pirate Shipwreck off the Coast of Madagascar », dans : R. K. Skowronek & C. R. Ewen, X Marks the Spot: The Archaeology of Piracy, University Press of Florida, Gainesville 2006, 368 p.

De Bry 2016 :
J. de Bry, « Recherches sur les épaves de navires de pirates des XVIIe et XVIIIe siècles à l’îlot Madame, Sainte-Marie de Madagascar », dans G. Buti, P. Hrodej (dir.), Histoire des pirates et des corsaires de l’Antiquité à nos jours, CNRS Editions, 2016, p. 449-464.

De Bry 2019 :
J. de Bry, « La fouille de l’épave pirate du Fiery Dragon », A la Découvertes des Pirates, Dossiers d’Archéologie, 394, 2019, p. 50-53.

De Bry 2019 :
J. de Bry, « L’épave du Fiery Dragon 1721, navire du pirate William Condon, île Sainte-Marie, Madagascar », dans J. Soulat (dir.), Archéologie de la Piraterie des XVIIe-XVIIIe siècles. Etude de la vie quotidienne des flibustiers dans les Caraïbes et l’océan Indien, Hors collection, Editions Mergoil, 2019, p. 109-123.

De Bry, Roling 2011 :
J. de Bry et M. Roling, Archaeological Report Madagascar 2010. Research on 17th and 18th Century Pirate Shipwrecks at îlot Madame, Sainte-Marie, Melbourne Beach, Florida, 2011, 29 p.

De Bry, Roling 2016 :
J. de Bry, M. Roling, « Revisiting the Fiery Dragon », dans C. R. Ewen, R. K. Skowronek (dir.), Pieces of Eight. More Archaeology Piracy, Gainesville, University Press of Florida, 2016, p. 57-92.

Morelle 2019 :

N. Morelle, « L’île Sainte-Marie de Madagascar, bastion et repaire de forbans », A la Découverte des Pirates, Dossiers d’Archéologie, 394, 2019, p. 66-69.

Morelle 2019 :
N. Morelle, « Des fortifications de pirates dans le port de l’île Sainte-Marie (Madagascar) à la fin du XVIIe siècle ? », dans J. Soulat (dir.), Archéologie de la Piraterie des XVIIe-XVIIIe siècles. Etude de la vie quotidienne des flibustiers dans les Caraïbes et l’océan Indien, Hors collection, Editions Mergoil, 2019, p. 187-195.

Rogozinski 2000 :
J. Rogozinski, Honor Among Thieves: Captain Kidd, Henry Every & the Pirate Democracy in the Indian Ocean, Stackpole Books, Mechanicsburg, 2000, 256 p.